En tant que telle, la liberté d’accès à l’enseignement est un objectif auquel nous sommes attachés. Il se décline dans de nombreux dossiers concernant les étudiants. Nous avons choisi d’en mettre deux en évidence.
7.1. Le Numerus Clausus
Commençons par un rapide état des lieux des problèmes :
- Un (grave) problème de financement des soins de santé.
- Une surpopulation médicale dans certaines zones amenant des médecins à ne pas avoir assez de patients pour vivre, voire pour conserver vivante leur pratique médicale.
- Un nombre important de jeunes sortant du secondaire souhaitant entreprendre des études de médecine.
La solution proposée (le numerus clausus) n’est cependant ni acceptable ni efficace :
- C’est d’abord un système fondamentalement injuste :
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- Le mode de sélection est forcément problématique, quel que soit l’endroit où on la place. Un examen d’entrée (ou situé en fin de première année) ne sélectionnera assurément pas les meilleurs praticiens. Un système en fin de cursus est extrêmement pénible pour les étudiants recalés, qui auront en quelque sorte fait des études « pour rien ».
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- Il s’agit d’une mesure qui porte uniquement sur les jeunes, qui doivent en quelque sorte « payer » quasiment seuls le prix d’une politique de santé problématique à bien des égards. On prétend d’ailleurs régler les trois quarts des problèmes de la médecine avec cette unique mesure, portant sur l’accès à la profession. C’est évidemment complètement utopique.
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- Injustice internationale : absence d’harmonisation européenne, mais circulation des professionnels. Phénomènes de dumping.
- Accepter l’instauration du numerus clausus constitue également un précédant dangereux : dès lors qu’on a accepté cette logique pour une filière, pour la refuser pour d’autres. Il existe un risque non négligeable de voir se généraliser une logique de sélection à l’accès à l’université qui nous paraît fondamentalement problématique.
- Le numerus clausus est un système qui déséquilibre les structures de santé et, en particulier, qui accentue gravement les déséquilibres de la démographie médicale. Explosion de la médecine hospitalière. Manque de médecins. [1]
Ce que nous proposons :
- Contestation du Numerus Clausus au niveau fédéral, en association avec les organisations étudiantes flamandes.
- Tolérance d’une remise en place du système de contingentement en Communauté française à la condition que la Communauté française et l’ensemble des partis francophones prennent une position ferme et active visant à la suppression du système au fédéral.
- Réduction du temps de travail dans le monde médical. Certains médecins voient des quantités astronomiques de patients par jour tandis que certains de leurs confrères manquent de patients. Y a-t-il trop de médecins ou une inéquitable répartition du travail ? La question mérite à tout le moins d’être posée.
- Mesures d’incitation à une meilleure répartition géographique des praticiens sur le territoire (car la pléthore est géographiquement située dans certaines zones, au détriment d’autres qui manquent de médecins, ou de certains secteurs de la médecine hospitalière).
Plus fondamentalement, le Numerus Clausus pose la question de la liaison entre formation universitaire et pratique professionnelle. C’est une question difficile car, autant il est compréhensible que les étudiants de médecine souhaitent exercer leur discipline une fois leurs études achevées, autant il est de plus en plus manifeste que les études universitaires mènent à tout et que les choix de vie amènent souvent les personnes à s’éloigner de la discipline dans laquelle il se sont initialement spécialisés. Leur formation universitaire a pourtant souvent constitué la « base de lancement » qui leur a permis d’entrer dans le monde professionnel. De ce point de vue, en ce qu’elles donnent accès à des débouchés variés, les études doivent rester un droit. Nous refusons donc la transposition totale d’une limitation d’accès à une profession sur l’accès aux études.
7.2. Evaluations entre le secondaire et le supérieur
On observe depuis quelques années une tendance de certains responsables académiques et politiques à vouloir développer un évaluation centralisée en fin de secondaire et des tests en début du supérieur. Il est important de bien savoir de quoi on parle car sous certains termes génériques (« BAC »), on désigne parfois des politiques extrêmement différentes. Pour résumer, notre position sur le sujet est la suivante :
Oui à :
- Donner des outils aux élèves sortant du secondaire pour leur permettre de s’évaluer ; permettre aux étudiants primo-arrivants de se situer face aux matières tôt dans l’année et de pouvoir identifier leurs faiblesses et y remédier.
- Des mesures visant à favoriser l’harmonisation (vers le haut) du niveau des écoles secondaires, pour faire cesser les énormes disparités de chances de réussite dans le supérieur en fonctions des écoles et des filières.
Non à :
- Tout système sélectif. Tout test d’entrée obligatoire à l’université (les seuls tests admissibles doivent être facultatifs et indicatifs et viser seulement à permettre à l’étudiant de mieux se préparer aux examens qui l’attendent).
- Toute remédiation ou réorientation obligatoire. Toute influence des cotes obtenues dans des tests en début d’année sur le parcours académique.
7.3. Les étudiants étrangers
- Au niveau de la Communauté française, il convient de faire une distinction entre étudiants des pays en voie de développement et ceux des pays industrialisés pour les montants des DIC, en inscrivant dans le décret la gratuité pour les premiers. Il faut se rendre compte que les droits d’inscriptions correspondent à dix ans d’économie pour un prof d’unif’ en Afrique (et avec ça il n’a pas encore payé son logement), ou encore que le salaire mensuel d’un instituteur au Maroc est de 40 euros et que le montant des droits exigés à un étudiant étranger s’élève à 3000 euros pour une année d’études.
- Au niveau des bourses pour les étudiants du Sud : simplification du système d’octroi (unification des bourses au niveau de la CUD où les étudiants sont représentés) et augmentation de leur nombre. Notamment, les bourses ne sont actuellement attribuées qu’aux pays avec lesquels la Belgique a des contrats de coopération.
- Les conséquences de Bologne : à partir de 2007 (au plus tard), il n’y aura plus de DES ni de DEA, mais bien des "masters spécialisée" et des "masters filière approfondie", qui sont des cursus de deux ans et de deuxième cycle (accessibles après avoir fait un baccalauréat de tois ans). Pour les étudiants étrangers, cela signifie que leurs universités d’origine risquent de ne plus vouloir les envoyer en Belgique si c’est pour y faire un diplôme de deuxième cycle. De plus, les bourses de la coopération sont prévues pour les troisièmes cycles (souvent période d’un an et pas plus parce qu’on a peur qu’ils ne retournent pas !). A nouveau, c’est au niveau de la Communauté française qu’il faut agir. Pour l’instant, la seule porte de sortie est d’utiliser les "masters complémentaires", qui sont aussi des diplômes de deuxième cycle mais en un an et "post-master" (ce qui peut symboliquement jouer). Le problème, c’est que la liste de ces diplômes qui peuvent être organisés est figée dans un décret qu’il va falloir aller modifier. En plus, c’est prévu pour des trucs hyper-spécialisés, genre bio-chimie moléculaire... La solution n’est pas satisfaisante mais pour l’instant, rien d’autre. Réclamer la mise en place de groupes de travail au niveau des universités, du CIUF ? En fait, il y a aussi un problème au niveau du CAMES (qui est l’organisation qui règle les équivalences en Afrique francophone et qui est très conservateur), donc faudrait contacts avec les étudiants africains.
- De manière générale : organiser de manière systématique la représentation des étudiants étrangers. (ça n’existe qu’à Louvain-La-Neuve). Point à discuter en collaboration avec les associations d’étudiants étrangers existantes.